Texte sur le Pays de Caux




Texte adressé par Gérard Gelé




Depuis Le Havre jusqu’au Tréport, il est un territoire aussi imposant que fragile, une fin de terre en réalité, pourtant loin du Finistère breton : la Côte d’Albâtre en Normandie, qui s’étire sur 130 kilomètres, dans les pays de Caux et du Petit-Caux.
Ce jardin suspendu au-dessus de la mer s’achève sur des plages de galets, où l’on avance dans l’ombre de falaises géantes aux pieds d’argile, attaquées à la fois par les vagues et les eaux de ruissellement ou d’infiltration. Paysage idéal, mais combien instable !
Là, certains fronts de mer – entre autres celui de Dieppe –, grâce à des architectures préservées malgré les aléas de l’Histoire, évoquent le charme agréablement désuet des villégiatures d’antan, celles d’une époque baptisée Belle, après coup, en regard de ce qui lui succéda. C’était alors le temps des ombrelles sous lesquelles des dames paraissaient « comme sous le reflet d’un berceau de glycines » (Marcel Proust).
Sur la Côte d’Albâtre, la peinture, avide de paysages insolites et changeants, s’est abondamment épanchée, notamment avec Courbet, Pissarro et Monet, particulièrement à Étretat et ses falaises qu’on dirait de dentelle, maintes fois sublimées sur la toile et rendues mythiques par les aventures d’un certain gentleman cambrioleur sorti de l’imagination de Maurice Leblanc.
Ici, l’homme, au contact de la nature souveraine, se laisse happer par une spiritualité sans ostentation, comme dans l’église Saint-Valéry de Varengeville-sur-Mer, qui abrite un lumineux vitrail de Georges Braque : l’arbre de Jessé. L’artiste repose dans le cimetière marin attenant, l’ensemble hélas menacé par l’effondrement de la falaise.
Ainsi, tout au long de cette côte se découvrent stations balnéaires, villages de pêcheurs et villes à taille humaine recelant souvent des trésors insoupçonnés : le palais de la Bénédictine de Fécamp n’étant pas des moindres, où les styles gothique et renaissance ont été revisités au XIXe siècle pour abriter la distillerie d’une liqueur mondialement connue.
Surtout, ce bout de France est soudé à la mer, tels les doigts à une main. Celle-ci est omniprésente et rappelle souvent à l’homme son infinitude face à sa petitesse. L’horizon maritime est à présent plus encombré de paquebots et autres porte-conteneurs que de bateaux de pêche en partance pour Terre-Neuve ou l’Islande. Autre temps.
Mais laissons le mot de la fin à Maupassant, familier de ces lieux : « Vers la terre, la haute falaise droite faisait une grande ombre à son pied, et des pentes de gazon pleines de soleil l’échancraient par endroits. Là-bas, en arrière, des voiles brunes sortaient de la jetée blanche de Fécamp, et là-bas, en avant, une roche d’une forme étrange, arrondie et percée à jour, avait à peu près la figure d’un éléphant énorme enfonçant sa trompe dans les flots. C’était la petite porte d’Étretat » (Une vie).

Charles Demassieux