Les Invasions Germaniques :
Dans son livre sur « Les paysans de la Normandie Orientale - Pays de Caux, Bray, Vexin Normand, Vallée de la Seine » Jules Sion écrit :
« Des peuplades germaniques qui franchirent les lignes du Rhin à la fin de l'Empire romain, plusieurs vinrent s'établir dans la Normandie orientale. ... Sans doute, plusieurs colonies germaniques se sont établies dans les anfractuosités de la côte, à Dieppe, aux Petites et aux Grandes Dalles ».
Quant aux coutumes de ces ethnies, l'auteur fait remarquer que « leurs cimetières sont toujours à flanc de coteau » et « ont surtout été retrouvés aux confins du Bray »...
« D'autres invasions vinrent par mer.... Du IIIème au VIème siècle les Saxons s'essayèrent dans le rôle que devaient jouer les Normands. ...Le littoral normand semble avoir ensuite été colonisé par ces nouveaux venus ; malheureusement, l'identité presque complète de leur toponymie et de celle des Normands empêche de préciser leur part dans le peuplement de cette région. ».
Textes de référence : des XIIIème, XIVème et XVIème siècles :
Les textes :
Se référant à ces différents textes A. HELLOT, notaire honoraire, écrit dans « Les travaux des ports, les marins et la pêche au Pays-de-Caux pendant le moyen âge » en première partie de son ouvrage consacrée aux Ports et Hables :
« La riche et puissante abbaye de Fécamp était ou se disait propriétaire de « tous les portz de mer depuis Estingues prez Estretat jusques à Bergant vers Dieppe c'est-à-dire de tous les lieux d'échouage naturel correspondant, non seulement aux vallées, mais encore aux nombreux vallons et « valleuses » qui, sur cette longue bande du littoral cauchois, aboutissaient à la mer.
Parmi ces ports, - outre Fécamp qui en est demeuré le plus important à toutes les époques, - les principaux étaient Yport à Criquebeuf, les « Dales et Daletes » (Grandes et Petites Dalles) à Sassetot-le-Mauconduit, Veulettes, St-Valery-ès plains et Veules.
A Yport, aux Dalles, à Veules, les moines se contentèrent d'obtenir des seigneurs féodaux, par rapport à la pêche, soit des concessions plus étendues, soit des restrictions aux droits que les nobles s'étaient arrogés peu à peu sur les « hommes » de l'abbaye.
Mais, à St-Valery et à Veulettes, les abbés de Fécamp firent plus : ils eurent l'ambition d'établir des hables ou ports intérieurs, destinés à développer l'industrie de la pêche et par suite leurs revenus ».
Rapidement quelques observations et questions d'après ce texte :
1386 : illustration d'une curiosité du droit normand le droit de « Varech » :
Souvent dans les documents traitant de notre région l'année 1386 est connue en raison de deux faits marquants : cette année là, un navire anglais ayant fait naufrage sur la côte à Saint Martin aux Buneaux (sur le site des Petites Dalles ?), l'équipage, composé de 11 hommes demeura prisonnier de Pierre du Val (ou Pierre Duval, selon les textes), écuyer, qui les avait fait prisonniers. Le navire, quant à lui fut probablement adjugé à l'abbaye de Fécamp. La même année l'abbaye de Fécamp fut mise en possession de 36 anglais et de leur navire, naufragés devant Veulettes.
Ce qui est moins souvent évoqué, c'est le processus et les arguments juridiques avancés au cours des différents procès qui ont conduit les juridictions locales à prendre ces décisions suite aux désaccords exprimés par les différentes parties prenantes : le premier qui avait arrêté ces prisonniers, le propriétaire du fief où ils avaient été trouvés, le Roy, comme ennemis de sa couronne, et en guerre avec lui.
L'Essai historique sur l'Echiquier de Normandie d'Amable-Pierre Floquet daté de 1840 détaille avec beaucoup de soins cette notion de droit de « varech », les appréciations jurisprudentielles de ce droit et son évolution dans le temps.
A l'origine, toutes choses échouées sur les côtes étaient appelées « varech » et appartenaient au seigneur du fief où elles avaient été trouvés à quelques exceptions près (pour les poissons, l'esturgeon était considéré poisson royal et était presque toujours réservé au monarque ; pour les marchandises perdues en mer par les vaisseaux naufragés, et poussées par le flot au rivage appartenaient également au seigneur du fief où elles étaient venues échouer, sauf certaines choses expressément attribuées au roi par le « grand Coustumier » comme par exemple : l'or ou l'argent excédant 20 livres, les destriers,...., l'ivoire, les pierres précieuses,..., les peaux,....les ballots de draps et de soieries,....). On peut facilement imaginer les différences d'appréciation, les désaccords et plaidoiries engendrées par de telles définitions et les situations que durent trancher les juridictions de l'époque concernant ces questions de « varech » qui, à l'origine ne portait que sur des choses.
La nouveauté introduite en 1386 du fait de l'échouage sur nos côtes de navires anglais et de leurs équipages provient du fait que, cette fois, il ne s'agissait pas uniquement de choses mais pour la première fois d'êtres humains faits prisonniers. Devaient ils être considérés comme ennemis, et remis au Roy en tant qu'ennemis de sa Majesté ou devaient ils être assimilés au « varech » et suivre la règle générale édictée précédemment. La juridiction normande trancha et considéra « les Anglais échoués sur nos côtes réputés varech ».
(Au plan juridique il s'agit là d'un bref résumé pour aller à l'essentiel sachant que l'ensemble des arguments développés au cours des procès en question étaient plus nombreux et plus « tortueux » : pour plus de détail on pourra se reporter à l'Essai historique de A-P. Floquet).
Quant au pourquoi de ces affrontements juridiques concernant les anglais échoués sur nos côtes, il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine guerre dite de 100 ans (qui dura en réalité 116 ans de 1337 sous Philippe VI de Valois jusqu'en 1453 sous Charles VII) et que le prisonnier anglais avait une valeur marchande : c'était une demande de rançon potentielle à monnayer.....
1728 : Inspection des Ports par le Commissaire François Sicard : « MEMOIRE SUR SAINT-VALERY-EN-CAUX (1728) » :
En terme de présentation, le mémoire en question mentionne les Petites Dalles sous la rubrique : « Saint Martin aux Buneaux et les Petites Dalles » alors que la rubrique Sassetot regroupe « Sassetot et partie des Grandes Dalles » étant précisé que la rue principale des Grandes Dalles constitue la limite de l'Amirauté de St Vallery en Caux du costé du Nord Est.
Le texte consacré à Saint Martin aux Buneaux et aux Petites Dalles apporte les précisions suivantes :
« St Martin aux Buneaux est une paroisse située sur les costes à un quart de lieue de la mer et à trois lieues et demy de St Vallery du même costé.
Les Petites Dalles sont dans un fond entre deux costés qui descendent à la mer, à l'endroit où les matelots pescheurs mettent leurs bateaux. Presque tous ces matelots font leur résidence dans ce fond.
Il y a 9 bateaux pescheurs de 6 tonneaux, 6 desquels servent à la pesche à la corde déliée, et de 3 autres à la pesche au plomb.
Les maîtres et les matelots pescheurs vont aussy à Dieppe, à St Vallery et à Fécamp où ils s'embarquent avec leurs filets pour les pesches du hareng à Jermuth et du maquereau sallé à l'Isle de Bas.
Il y a 17 pescheurs riverains, la plupart matelots qui se servent de bretelières, verveux et caudrettes ».
Ce mémoire a été « Fait au Hâvre de Grâce, le 29 novembre 1729 » et est signé « Sicard ».
Commentaire : à la fin du XIXème voire au XXème siècles, certains éléments de ce descriptif sont toujours d'actualité.
1749 : « MEMOIRE SUR L'ETAT PRESENT DES PORTS ET COTES DE LA HAUTE ET BASSE NORMANDIE » (Avec l'état des ouvrages qu'il convient d'y faire pour la deffense et la sureté du commerce » :
Ouvrage rédigé par M. Gourdon de Léglisiere Lieutenant général des armées du Roy, Directeur des Fortifications de Normandie en 1749 qui écrit (reprise du texte publié dans le bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites Dalles de l'année 2000 p. 25 et 27) :
« Vallon des petittes ( ?) Dalles
A un quart de lieue du signal de S. martin on descend dans le vallon des petites Dalles qui a quarante cinq toises de largeur, dans le milieu est un chemin creux praticables ( ?) aux voitures qui communique a la mer, il a quinze pieds de profondeur et dix de largeur.
La mer forme devant ce vallon une petite anse qui peut servir de refuge pour les cabotiers et pecheurs qui sont en nombre a ces rivages depuis st vallery jusqu'au havre, il y a un mouillage dit on à une demie portée de canon par trente pieds d'eau a mer basse.
On a bordé le rivage de retranchements qui étaient absolument nécessaires pour déffendre une greve assez spacieuse ou l'on peut aborder a deux heures de flot, d'ou il serait très facile de pénétrer dans le vallon. De mer haute les navires peuvent approcher a la portée du fusil de terre parce qu'il y monte de vingt à vingt deux pieds d'eau dans les vives eaux ordinaires.
Il a été fait une batterie pour la protection de ce mouillage , il n'y a point de canon il y faudrait deux pieces de vingt quatre ; mais il faudrait la placer derrière le corps de garde, parce qu'elle batterait sur l'entrée et sur le mouillage du vallon des grandes Dalles qui n'en est qu'a cinq cent toises par dessous la falaise, et a une demie lieue par dessus. »
1762 : « MEMOIRE GENERAL DES COTES MARITIMES DE LA NORMANDIE » :
Ouvrage rédigé par Mr le chevalier de Bonneval, Ingénieur en chef à Grandville (reprise du texte publié dans le bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites Dalles de l'année 2000 p. 29) :
« Les petittes ( ?) Dalles
A une lieue et demy de veulette sont les petittes dalles dont l'anse a trois cent toises de largeur, mais inaccessible du côté de la mer attendu les roches ; il y a un corps de garde de maconnerie qui est en bon état »
1866 : Les données du recensement :
L'avertissement figurant en tête de la « GEOGRAPHIE du département de la SEINE-INFERIEURE - Arrondissement d'Yvetot », ouvrage posthume de l'abbé Bunel continué et publié par l'abbé Tougard en 1876, mentionne qu'en ce qui concerne les hameaux ont été repris les tableaux du recensement de 1866 (alors que pour les communes la population est celle du recensement de 1872).
Pour la commune de Saint-Martin-aux-Buneaux 1.477 habitants deux paragraphes sont consacrés au hameau des Petites Dalles :
« Les Petites-Dalles, hameau dont la partie la plus considérable dépend de S.-Martin-aux-Buneaux (le reste est sur Sassetot-le-Mauconduit, canton de Valmont) a donné des débris de vases gaulois et romains. Un cimetière franc, exploré en 1864 par M. l'abbé Cochet, a laissé voir quinze sépultures, avec des vases, des armes et autres objets, notamment un éperon en bronze.
Ce hameau possède une jolie plage de sable, abritée par la nature. On y a construit un hôtel de bains assez fréquenté surtout par les familles paisibles et qui aiment le calme et la simplicité. Il est, dit M. Joanne "agréablement situé au débouché d'un vallon toujours vert, planté d'arbres, couvert de jardins, protégé par son peu de largeur contre l'irruption des vents. On peut y faire de charmantes promenades.».
Ce hameau comporte, sur le territoire de la commune de Saint Martin aux Buneaux : 219 habitants.
Dans le même livre, à la commune de Sassetot-le-Mauconduit (1.582 habitants),sont simplement mentionnés au titre des activités les Bains de mer aux Petites Dalles avec un renvoi vers l'article sur Saint Martin aux Buneaux. Les Petites Dalles figurent toutefois dans la liste des hameaux avec une population de 110 habitants pour la part du territoire relevant de la commune de Sassetot-le-Mauconduit.
Globalement, en 1866, la population des Petites Dalles est donc de 329 habitants.